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Riad Sattouf, dessinateur

 
Enfant prodige de la bande dessinée, né en 1978 de parents franco-syriens, a passé son enfance près de Damas avant de revenir au collège en France. Professionnel reconnu il a signé trois albums de la série Petit verglas (Ed. Delcourt) et remporté le prix Goscinny 2004 du meilleur scénario pour Les jolis pieds de Florence aux éditions Dargaud.
 
 

  "Il faut dessiner tout le temps"
Comment vous est venue la vocation de dessinateur de bande dessinée ?
Riad Sattouf : J'ai plus ou moins toujours voulu faire ça. Quand je vivais en Syrie, il n'y avait pas beaucoup de livres. Ma grand-mère m'envoyait donc de la lecture de France... Principalement des BD, dont Tintin et Pilote. Et je dessinais beaucoup. Au début, je voulais être illustrateur. Le déclencheur, ça a été de me dire que c'était possible...

Et par quel biais ? Avez-vous suivi des études spécifiques ?

R. S. : Après le bac, j'ai fait l'Ecole d'arts appliqués à Nantes, pendant deux ans, puis je suis entré sur concours aux Gobelins, dans la section Industrie de l'animation. Or ce secteur ne m'intéressait pas trop : c'est un travail souvent technique, mais qui laisse peu de place à la créativité. C'est pour cela que je me suis tourné vers la BD. J'avais, par ailleurs, tenté un petit concours de bande dessinée dans une librairie nantaise. Je ne l'ai pas remporté, mais le président du jury, Olivier Vatine, avait repéré mes planches et les a montrées à un éditeur. A partir de là, tout est allé assez vite. Les éditions Delcourt m'ont contacté pour me proposer un synopsis et voir ce que je pourrais dessiner à partir de là. C'est comme ça que j'ai pu signer le premier volet de la trilogie de Petit verglas.

Vous travaillez donc en étroite collaboration avec le scénariste. Comment cela se passe-t-il ?

R. S. : Les scénarii qu'on me soumet sont très précis. On va, par exemple, m'indiquer que, dans la case 1, il faut un plan général de la campagne pour illustrer le dialogue. A moi ensuite de mettre tout ça en scène. En général, le découpage fonctionne bien et nous ne sommes pas obligés d'être l'un sur l'autre avec le scénariste. Quant aux couleurs, c'est moi qui les fais, de façon tout à fait traditionnelle, avec des pinceaux.

Vous n'êtes donc pas un adepte de la palette graphique ?

R. S. : La palette graphique permet de très bien faire les mises en couleurs en aplat mais, quand il s'agit de mises en volume ou de travailler sur des effets de matière, le résultat est affreux en PAO. Pour moi, c'est plus agréable à lire quand les couleurs sont faites à la main. Les imperfections donnent du charme, je n'aime pas quand c'est trop lisse !

C'est un métier lucratif ?

R. S. : Comme tous les gens en free lance, ça dépend du volume de travail qu'on vous commande. Il y a un prix fixe pour chaque page, qui atteint environ 182,94 euros. C'est lucratif, si on est capable d'en faire une chaque jour mais, si ça prend la semaine... Ce sont des avances sur droit : l'éditeur va, par exemple, vous payer 60 000 F (9 160 euros) pour un album. C'est seulement quand ce chiffre sera atteint par les ventes que vous pourrez toucher des droits d'auteurs. Mais, il faut vraiment en vendre beaucoup !

Et si vous aviez un conseil à donner à de jeunes talents qui voudraient se lancer...

R. S. : Il faut s'imposer un rythme rigoureux. Se forcer à dessiner même quand on n'en a pas envie. Faire de la BD, ce n'est pas gribouiller de temps en temps. Je pense que les dons n'existent pas : si on aime dessiner petit, il faut cultiver ce plaisir. En dessinant 4 heures par jour, on s'améliore. En même temps, il ne faut pas se fermer sur cette idée fixe uniquement, il faut avoir l'esprit ouvert : la peinture, l'histoire de l'art sont aussi des sujets d'inspiration. En général, les mauvaises planches qui arrivent sur le bureau des éditeurs sont de pâles plagiats d'auteurs, qui ont eux-mêmes copié d'autres auteurs. Alors que la bande dessinée est un moyen d'expression ultra riche dont les possibilités, selon moi, ne sont pas exploitées au maximum !

 (Janvier 2005)

 

 

 En savoir plus
 Les rencontres de la BD : retrouvez le portrait et l'actualité de Riad Sattouf sur le site thématique que France 5 met en ligne.

  Les éditions Delcourt : le catalogue complet des éditions, les nouveautés, mais aussi des biographies des auteurs.

  L'école des Gobelins: pour tout connaître sur l'admissibilité et la scolarité dans cette école.

Rédigé par Sandra Rude
Publié le 25/01/2006

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