"On est là pour servir une histoire"
Coloriste, il a mis de l'éclat aux planches des dessinateurs de BD comme pour Le Clan des chimères, Comptine d'Halloween ou Aménophis IV, aux éditions Delcourt.
Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Hubert : J'ai fait les Beaux-Arts, 5 ans à Quimper, puis 2 ans à Angers. J'étais parti dans le trip artiste, la sculpture m'intéressait particulièrement. Mais je me suis vite rendu compte qu'au niveau des débouchés professionnels, ce n'était pas aisé. Faire Picasso comme métier, c'est pas simple !
J'ai donc complété ma formation par un stage d'infographie (PAO, Production Assistée par Ordinateur) avec l'idée de bifurquer vers la BD. A Angers, j'avais eu, en effet, la chance de rencontrer Yoann et Eric Omond, les deux auteurs de Toto l'ornithorynque. C'est avec eux que je me suis intéressé de plus près à la BD.
C'est aussi Yoann qui m'a proposé de travailler sur un album signé en noir et blanc, Nini Rezergoude, pour le mettre en couleurs. Ça a plu à l'éditeur et c'est ce qui m'a permis de rentrer dans le métier.
Comment travaillez-vous ?
H. : Uniquement à la palette graphique. Pourtant, je ne suis pas un grand fan de la PAO à la base, ni des nouvelles technologies en général. Je surfe très peu, par exemple. A la sortie des Beaux-Arts, le seul outil technique que je connaissais, c'était la machine à écrire ! Il a fallu que je me mette à niveau !
Concrètement, la palette permet d'approcher le travail d'un coloriste traditionnel, avec ses pinceaux. Je me sers d'un mélangeur, avec pour base les trois couleurs primaires plus le noir. Ensuite, je dose pour obtenir certains tons, certaines nuances.
L'avantage, c'est que c'est une technique plus rapide et plus efficace que la méthode classique : on n'a pas besoin de flasher les planches après, puisque tout est fait directement sur ordinateur, ni de retrouver les couleurs d'une planche à l'autre. L'ordinateur garde en mémoire les pixels, à savoir les teintes, qu'on peut dès lors copier d'une page à l'autre.
Annoncez-vous la mort du métier traditionnel de coloriste, avec ses pinceaux ?
H. : Pas du tout. Car s'il y a des avantages indéniables à la palette, il y a aussi certaines choses que je ne peux pas faire, comme jouer avec le grain du papier ou obtenir des couleurs aqueuses. On peut s'en approcher, ou faire autre chose, mais c'est différent. Le livre ne va pas disparaître à cause d'Internet, c'est un peu la même chose pour les coloristes.
Vous ajoutez donc des couleurs aux planches des dessinateurs. Ce n'est pas un peu frustrant ?
H. : Ce n'est pas un métier qu'on fait par vocation. La vraie vocation, c'est d'être dessinateur ou scénariste. C'est un métier de l'ombre, mais ça ne me frustre pas, car, à côté, j'écris aussi des scénarii. Et puis mon travail sert des projets qui me plaisent par ailleurs.
Il y a, c'est vrai, un aspect un peu "tâcheron", il faut faire son nombre de planches par jour et mettre toujours la même couleur. C'est le côté vraiment "travail" de ce métier. Il faut être rigoureux, suivre scrupuleusement l'histoire, sans forcément se faire plaisir. Il ne faut jamais oublier qu'on est là pour servir l'histoire, et le dessinateur et le directeur de collection ne manquent pas de vous le rappeler !
Quels conseils donneriez-vous à des personnes qui voudraient se lancer dans la BD ?
H. : Ce n'est pas facile de rentrer dans ce métier. Le relationnel est très important. La légende du coloriste qui aurait envoyé ses planches à un éditeur, je n'y crois pas, et d'ailleurs, je n'en ai pas rencontré ! En tout cas, il faut tout de même avoir un Sil : la technique ne fait pas tout, il faut aussi savoir prendre la décision de choisir une teinte plutôt qu'une autre.
(Janvier 2002)
Lien
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Livres
Le clan des chimères, scénario d’Eric Corbeyran, dessins d’Eric Suro, illustrations de Michel Suro, couleurs Hubert et Yannick. Ed. Delcourt, 4 tomes. Tome 1 : Abeau, le tribut aux enfers (2001), Tome 2 : Bûcher (2002), Tome 3 : Ordalie (2003), Tome 4 : Sortilège (2004). 47 pages. 9,45 euros.
Comptine d’Halloween, scénario de Joël Callede, dessins de Denys, couleurs d’Hubert. Ed. Delcourt, collection Sang froid. 3 tomes : Tome 1 Réminiscences (2000), Tome 2 : Farces macabres ( 2001), Tome 3 : Révélations ( 2002). 46 pages, 12,50 euros.
Aménophis IV, scénario de Dieter, dessins d’Etienne Le Roux, couleurs d’Hubert. Ed. Delcourt. 3 Tomes : Tome 1 : Demy (2000), Tome 2 : Mink (2002), Tome 3 : Europe (2003), couleurs de Denis Dufourg. 47 pages. 12,50 euros.