Parmi les pistes envisagées pour sécuriser l'emploi, Xavier Bertrand, le ministre du Travail, a évoqué la création d'un contrat d'intérim sous CDI, au micro de RTL.
Sécuriser l'intérim
"L'idée consisterait à autoriser les sociétés d'intérim à embaucher des salariés qu'elles mettraient ensuite à la disposition de leurs clients en fonction des missions dont ceux-ci ont besoin", détaille sur son blog Stéphane Lauer, journaliste au Monde.
En temps de crise, les effectifs intérimaires servent à chaque fois de première variable d'ajustement pour les entreprises en difficulté. D'où la proposition faite par Xavier Bertrand : conférer une durée indéterminée aux contrats de mission. Avec ce CDI, le salarié serait rémunéré même lorsqu'il n'exécute aucune mission", complète le site creation-entreprise.fr.
Entériner des pratiques existantes
Pour certains acteurs du travail temporaire, l'évolution serait logique. "Dans toute une série de métiers, 90 % des salariés qui obtiennent un CDI viennent de l'intérim", souligne François Béharel, président de la filiale française du groupe Randstadt sur le blog de Stéphane Lauer.
"L'intérim, synonyme de précarité, ne correspond pas, pour une bonne partie, à ce que nous vivons sur le terrain. Il est temps de franchir une nouvelle étape".
Les métiers qui pourraient être concernés
Ce nouveau type de contrat de mission ne viserait pas tous les intérimaires. "Il s'adresserait à des salariés plutôt qualifiés qui exercent dans des métiers en tension, et qui ont pour habitude d'enchaîner les missions", estime François Roux, délégué général du Prisme (fédération patronale de l'intérim), que nous avons interrogé.
Selon François Béharel, certains secteurs seraient spécifiquement visés. "Dans une cinquantaine de métiers, il existe une telle pénurie de main-d'oeuvre que nous n'aurions aucun mal à proposer à ces salariés des CDI sans que nous prenions des risques", estime-t-il.
Métiers qu'il détaille : bâtiment, logistique, agroalimentaire.,... "Nous manquons de soudeurs, de grutiers, de comptables, de plaquistes, de routiers". Et parmi eux, "les plus qualifiés qui, en tant qu'hyper-experts de leur profession, valoriseraient au mieux leurs compétences sur le marché du travail".
Selon lui, le contrat d'intérim sous CDI pourrait ainsi concerner 10 à 15% du marché de l'intérim (60 à 100 000 personnes). François Roux se cale plus volontiers sur les chiffres des Pays-Bas qui ont déjà recours à ce type de contrat, soit entre 7 et 8% des intérimaires. Mais ce chiffre pourrait progresser, pense-t-il, faisant notamment référence aux 20% de salariés qui ont choisi de travailler en intérim.
Comment financer l'inter-mission ?
La création d'un tel CDI ne serait pas sans faire peser de nouvelles contraintes juridiques et financières sur les entreprises de travail temporaire. "La question est surtout celle du paiement de l'inter-mission. Nous pourrions nous inspirer d'exemples étrangers. En Allemagne, il existe un crédit d'heures qui permet de financer les périodes d'inter-mission", explique François Roux.
Des négociations nationales et une directive européenne
L'idée lancée le week-end dernier pourra-t-elle voir le jour rapidement ?
"Nous avons des conversations récentes avec le gouvernement et à l'intérieur de la profession", confirme François Roux. "Cela devra être négocié avec les organisations syndicales". Mais des préalables doivent avoir lieu avant l'ouverture de ces négociations, insiste-t-il.
"Ce CDI ne se conçoit que dans dans un ensemble, celui de la directive européenne sur le travail temporaire du 19 novembre 2008 qui doit être transposée dans chacun des Etats-membres avant le 5 décembre 2011. Or, nous souhaitons dans ce cadre, en dehors des discussions sur le CDI, lever un certain nombre d'obstacles au recours à l'intérim : délai de carence entre deux missions, plafonnement du nombre de jours de mission, durée maximale, motifs limités de recours... Nous souhaitons aussi accroître la prévention des accidents du travail et améliorer la responsabilisation des entreprises utilisatrices. Il n'y aura pas de négociations avec les syndicats sur ce sujet tant qu'il n'y aura pas de vision d'ensemble sur la politique du gouvernement au sujet de l'intérim".
Au-delà de la création d'un CDI dans l'intérim, et après l'ouverture de l'apprentissage à l'intérim, c'est tout le droit du travail temporaire qui est en chantier.