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L'économie sociale face à la crise
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En Europe, l'économie sociale représente 10% de l'ensemble des entreprises et 10 millions de salariés. Parmi ces réussites, le bar à chocolat de Guillaume à Gennevilliers, en région parisienne.
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L'économie sociale tient depuis longtemps une place importante dans la société mais la crise financière et économique, qui impose de repenser les dispositifs de lutte contre l'exclusion et la solidarité Nord-Sud, pourrait encore la renforcer.
Le succès du secteur ne se mesure pas seulement à ses performances économiques mais à son apport en termes de solidarité, de cohésion sociale et d'ancrage dans les territoires.
Explications, exemples et témoignages dans ce dossier spécial consacré à l'économie sociale.
L'exemple d'un bar à chocolat bon, beau et authentique
Depuis son ouverture en octobre 2006, le chiffre d'affaires de la boutique Puerto Cacao progresse constamment
A priori, le pari semblait un peu fou : utiliser le cacao bio pour améliorer le quotidien de petits producteurs des pays en voie de développement, créer des emplois en France et sensibiliser aux principes et enjeux du commerce équitable.
Guillaume l’a pourtant relevé avec succès. Le chiffre d'affaires de sa boutique parisienne est en hausse constante.
Tout a commencé en 2005, lors d'une visite dans une chocolaterie mexicaine. Guillaume, alors étudiant à l'ESSEC, a le déclic. "Ils fabriquaient le chocolat sous nos yeux. A partir de vieux moulins, des vieilles machines qu’on pourrait comparer à nos moulins à farine des années 20, ils broyaient les fèves de cacao, les chauffaient, les fondaient puis faisaient des mélanges avec des bâtons de cannelle, des amandes ou des fruits secs selon les demandes des clients", raconte-t-il.
"Tout m'a plu, le spectacle de la fabrication en direct, l'univers olfactif, le côté (comportement) ludique des acheteurs qui choisissaient les proportions. J'étais avec mes parents et en sortant de la boutique, nous avions tous les trois le sourire aux lèvres". L'endroit n'avait pourtant rien de luxueux. "C'était hyper "cheap", très populaire. Les clients repartaient avec un kilo de chocolat au minimum, emballé dans des vieux sacs en plastique récupérés à droite à gauche, mais l'ambiance était magique".
Ni une, ni deux. De retour à Paris, Guillaume se met au travail sous la houlette de ses professeurs de l‘ESSEC: étude de marché, mesure des impacts sociaux et environnementaux, démarchage lors du salon du chocolat à Paris, etc. "On a déterminé assez vite que c'était un outil économique au service des valeurs sociales" se souvient Guillaume. Du coup, il intègre "l'incubateur", plateforme d’aide logistique sans aucune contrepartie financière qui accompagne les étudiants de la filière entrepreneuriat. Les critères : démontrer une très forte motivation sur un projet de création d’entreprise. "J'ai été le 1er "incubé social à survivre", s'amuse aujourd'hui le jeune homme. " Ils ont mis à ma disposition tous les moyens nécessaires : bureau, équipements, etc. et un coach. Avec lui, j'ai défini tous les points techniques, trouvé les financements et contacté un spécialiste du marketing pour le plan de communication".
Sélectionné comme projet à fort potentiel, Choc'éthic, la SARL en charge de la commercialisation des produits de la boutique Puerto Caco, a obtenu 15.000 euros de la part de l'école sous forme de prise de participation en capital social et d'apport en compte courant d'associés auxquels se sont ajoutés d’autres partenaires comme le FSE (Fonds Social Européen) la Nef (coopérative financière), le réseau France Active, la fondation MACIF, la FAPE (Fondation Agir pour l'emploi), notamment.
De Barlovento à Gennevilliers. Pour la première fois cette année, Puerto Cacao devrait dégager des bénéfices. "Notre chiffre d'affaires était de 153.000 euros en 2006/2007 puis 220.000 euros en 2008. Pour 2009, nous tablons sur 340.000 euros" explique Guillaume. Outre la progression du chiffre d’affaires et de son salaire passé du SMIG la première année à environ 1.600 euros net par mois actuellement, le jeune entrepreneur a recruté quatre personnes dont Monica, une chef chocolatière qui concocte notamment d’appétissants ballotins, mendiants et autres orangettes confites mais surtout, il a mis en œuvre tout un réseau.
Pour la matière première par exemple, Guillaume travaille avec une filière du Venezuela. C'est là-bas que l’on trouve le cacao criollo, l’une des espèces les plus rares au monde, très aromatique et peu amère. "Nous sommes allés voir directement les producteurs de la région de Barlovento. Et sur place, je me suis rendu compte que sur les trois producteurs rencontrés, deux cultivaient déjà de manière complètement bio, sans aucun pesticide, avec un compost naturel à base de cabosses de cacao, de pulpe des fèves et de feuillages ».
Résultat, un accord signé avec ces petits producteurs. "Nous avons pris toute une série d’engagements avec eux : définition d’un prix d’achat minimum garanti pour le cacao brut et la pâte de cacao, préfinancement des commandes à hauteur de 50%, versement annuel d’une prime de développement de 200€ par tonne de cacao achetée" détaille Guillaume.
En 2008, Puerto Cacao a importé par bateau pour raisons écologiques et économiques, près de 10 tonnes de cacao et versé 2 000 euros de prime qui doivent être investis dans de nouveaux matériels pour améliorer les conditions de travail, la qualité des produits ou le système de protection sociale. Autre engagement de Puerto Cacao, la durée de la convention, conclue pour 5 ans.
Les producteurs ont eux aussi des obligations : le maintien et le développement d’une agriculture biologique et respectueuse de l’environnement et la transparence des comptes.
Pour la certification biologique et le respect de la convention, Guillaume s’est associé à une ONG italienne présente au Venezuela depuis plus de 5 ans. C’est elle qui veille au respect des engagements sociaux des producteurs vis-à-vis des personnes travaillant sur la plantation, dans les ateliers ainsi qu’à la bonne utilisation des primes de développement.
Côté France, dans le cadre d’un partenariat de sous-traitance, deux autres maillons font partie de la chaîne de solidarité : la chocolaterie artisanale du Pecq où la pâte de cacao de "Aromas de Barlovento" est transformée en chocolat de couverture et "La Table de Cana" entreprise d’insertion située à Gennevilliers en région parisienne où est fabriquée une grande partie des gourmandises, tablettes, mendiants, éclats, etc. de la boutique.
Bientôt une deuxième boutique. « Je ne m’ennuie jamais » s’enthousiasme Guillaume en évoquant son quotidien et les étapes déjà franchies «… j’ai tout à faire, le suivi et le développement de la filière, le management, le marketing, la recherche de financement et surtout j’ai énormément de satisfactions immatérielles à travers toutes les rencontres. Humainement, c’est hyper riche ».
Guillaume n’entend pas en rester là. Prochain objectif : l’ouverture d’une seconde boutique dans le 12ème arrondissement de Paris. C’est prévu pour septembre 2009. La signature du bail est imminente. Il croise les doigts…
Superstitieux ? Un peu sans doute… quoique il ait déjà bien en tête tous les détails de ce second temple du chocolat… un intérieur 100 % écolo, davantage encore que dans son premier magasin, déjà très tendance éco-construction. Et encore plus de chocolat bio… pour fondre de plaisir en songeant, ne serait-ce qu’un instant, aux petits producteurs du Venezuela.
Pour en savoir plus sur France 2.fr
L'économie sociale face à la crise
L'économie sociale : quelques repères
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Rédigé par Catherine Rougerie - France 2
Publié le 31/03/2009
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